Le vécu des hommes face à l’infertilité

Dans la thématique de notre thème de discussion 💬 : l’homme et le deuil de la paternité, je vous propose quelques articles traitant du vécu de l’homme face à l’infertilité.

Comme le précise l’article Le vécu psychologique d’hommes infertiles. Apports du repérage de l’aménagement défensif de Bourdet-Loubère Sylvie, Pirlot Gérard dans la revue, L’information psychiatrique

« On connaît encore assez mal le vécu psychologique et subjectif des hommes en situation d’infertilité (dont la conjointe bénéficie de FIV en milieu hospitalier) car les études menées jusqu’à ce jour se sont surtout centrées sur le vécu psychologique des femmes, ou sur le vécu psychosocial de la conjugalité et de la sexualité. »

Conséquences psychoaffectives de l’aide médicale à la procréation

L’AMP n’est pas une simple affaire de technique ou de laboratoire. C’est une médecine scientifique qui met en jeu des histoires de couples et des vécus subjectifs. Si le couple ressent une douleur commune lors de l’annonce de l’infertilité, celle-ci ne se manifeste cependant pas de la même façon, que l’on soit un homme ou une femme. Quelle que soit la pathologie d’origine, c’est la femme qui reçoit les traitements. Celle-ci peut donc se sentir « surexposée » aux traitements, à leurs contraintes et leurs effets secondaires alors que l’homme peut quant à lui se sentir « quantité négligeable », tenu à l’écart dans le parcours, les femmes étant au cœur des techniques médicales mises en œuvre. Ainsi, il se perçoit souvent comme un « simple » pourvoyeur de spermatozoïdes. Par ailleurs, qu’il soit ou non responsable de l’infertilité du couple, il se sent souvent coupable de ne pas être capable de donner d’enfant à sa conjointe et de lui faire subir les différents traitements médicaux.

Connaissances sur le vécu des couples

Les couples qui vont être amenés à s’engager dans un processus d’AMP doivent faire face à un premier trauma : celui de leur infertilité. Grâce aux possibilités de la médecine actuelle, ces couples parviennent pour la plupart à dépasser ce moment traumatique, à accepter (souvent douloureusement et parfois seulement partiellement) leur situation d’infertilité et à investir les techniques d’AMP. Il s’agit alors pour eux de maîtriser un corps perçu comme rebelle à la fécondation. Bien souvent, l’annonce d’une infertilité entraîne des réactions proches de celles d’un deuil ou de l’annonce d’une maladie grave : incrédulité, parfois même déni, recherche désespérée d’une cause, révolte, jalousie, sentiment d’injustice, mais aussi, bien souvent culpabilité et perte de l’estime de soi. Selon Epelboin (2008), l’annonce de l’infertilité représente une véritable violence et s’accompagne souvent d’un vécu de dévalorisation [10]. Face à l’annonce de l’infertilité, les hommes et les femmes ne ressentent donc pas la même chose. Les femmes sont dominées par un sentiment d’urgence car leur délai de procréation est plus court que celui des hommes. Après 40 ans, les chances de naissance d’un enfant vivant et en bonne santé sont de moins de 10 %. Une étude [8] montre également que les femmes seraient psychologiquement plus affectées que les hommes par leur infertilité. Mais ne s’agit-il pas plutôt d’une différence d’expression face à la question de la procréation ? Selon Jaoul (2010), « On peut dire que la douleur d’infertilité est différente chez l’homme et la femme. L’impact de l’infertilité et la souffrance qui en résulte doivent être envisagés en fonction du conflit œdipien chez l’homme comme chez la femme » [11].

Connaissances sur le vécu des femmes

À côté de la déception, vécue par le couple, de ne pas recevoir l’enfant tant attendu, il y a, pour les femmes, une blessure en deçà : celle de ne pas pouvoir vivre l’état de grossesse, c’est-à-dire de revivre la fusion mère-enfant expérimentée par la femme au début de sa vie lorsqu’elle était enfant. Pour Bydlowski (2008), l’enfant sera toujours celui qui manque à l’appel pour venir combler tous les chagrins et toutes les blessures de la vie [3]. C’est la douleur de cette incomplétude chez la femme qui tient la plus grande place, à côté de la souffrance de se sentir différente des autres femmes, incapable de porter un enfant. Par ailleurs, la pression sociale, parfois familiale, rend encore plus pénible cette situation, du fait des grossesses dans l’environnement, qui viennent renforcer ce vécu d’isolement, de différence et d’exception. La femme dont le couple est en situation d’infertilité a par ailleurs tendance à faire l’amalgame entre féminité et accès à la grossesse, ce qui fragilise encore son estime d’elle-même et sa confiance à pouvoir porter un enfant, le mettre au monde, voire à être mère. Enfin, il n’est pas rare que le couple, vulnérable, vive des moments difficiles de conflits et de remise en question et se voit menacé par la situation d’infertilité, ce qui concourt également à fragiliser l’équilibre psychique des femmes. Les études montrent également que les femmes parlent plus volontiers de leur souffrance que leurs conjoints. Elles peuvent, en général, verbaliser leurs émotions, les donner à voir et à entendre et ainsi abréagir une part de leur angoisse. L’affiliation, l’altruisme, l’auto-observation, la sublimation et la répression sont souvent au cœur de leur aménagement défensif. Ces femmes, lorsqu’on les rencontre en entretien, parlent également, le plus souvent spontanément, de la souffrance de leur conjoint, mais elles expriment également avoir du mal à accepter leur faillibilité, en particulier lorsqu’elles restent fixées à un amour œdipien pour un père idéalisé [11]. La plainte formulée au cours de ces entretiens est très souvent similaire d’une femme à l’autre. Elles rapportent se retrouver seules, isolées même, face à un compagnon souvent silencieux et expriment leur déception, leur frustration voire leur colère. Elles ont tendance à se sentir abandonnées par leur conjoint qui ne semble pas comprendre leur état de désespoir et se borne à manifester un optimisme sans faille, supportant mal les larmes et les moments de découragement. Cette image de force inébranlable augmente leur sentiment d’être les seules à souffrir et amène une grande frustration dans le couple. Elles reprochent souvent à leur conjoint d’être insensible à leur douleur mais elles ont du mal à se laisser consoler [11].

Constat de carence du côté du vécu des hommes

Pour l’homme, l’enjeu est bien souvent de témoigner de sa virilité à travers la survenue d’une grossesse chez sa compagne. Son assurance narcissique est basée, en grande partie, sur sa sexualité. La stérilité était, jusqu’au développement des techniques d’AMP, généralement attribuée aux femmes. De fait, la stérilité masculine reste encore difficilement avouable pour l’homme infertile. Quand un diagnostic d’infertilité de cause masculine est posé, le sperme est disqualifié et dévalué, le pénis est vécu comme un traître et c’est tout le pouvoir de donner du plaisir et d’en prendre qui est affecté [5]. Cette annonce provoque donc chez l’homme un véritable séisme psychique, qui peut entraîner déni et incrédulité tenaces. Chez l’homme, l’impossibilité à devenir père vient signifier l’incapacité à transmettre un capital génétique, un nom, une culture familiale. C’est aussi, sur un plan fantasmatique, la réalisation de la menace de castration redoutée dans l’enfance, issue des désirs incestueux du petit garçon pour sa mère lorsqu’il s’agissait de se débarrasser du père pour prendre sa place auprès de la mère. Cette lecture psychodynamique éclaire les sentiments de culpabilité et d’impuissance, le questionnement sur la virilité, le secret souvent rapporté autour de l’existence de l’infertilité. Dans de nombreux cas, la souffrance est partagée au sein du couple et vient créer du lien et du soutien. Mais bien souvent aussi, plus la douleur de la blessure féminine s’exprime, dans la vie quotidienne ou lors des diverses consultations, plus l’homme a tendance à s’effacer, à taire son propre vécu douloureux et à rester sans réponse face à ce déferlement de souffrances et de reproches. La tristesse et l’angoisse de l’homme sont pourtant tangibles lorsqu’on les rencontre lors d’un entretien psychologique, mais restent inaccessibles à la femme, repliée dans sa propre souffrance. Jaoul évoque que « lorsque la parole leur est donnée, en prenant soin de passer par l’entremise de leur femme pour rétablir une circulation dans le couple, ils arrivent, dans le cadre sécurisant de l’entretien, à la grande surprise de leur compagne, à évoquer leur sentiment de détresse et d’impuissance face à la violence de ce chagrin et à l’impossibilité de trouver une réponse qui vienne l’apaiser ». Ainsi, la clinique de ces hommes, qu’ils soient ou non la « cause » de l’infertilité, nous enseigne leur vécu d’inutilité et d’incompétence (majoré par l’impression d’être « mis de côté » dans le parcours d’aide médicale centré sur la femme), et semble avoir tendance à se protéger psychiquement par des défenses d’isolation, de fuite en avant (notamment dans le travail), de rationalisation et de banalisation, ce qui augmente encore le sentiment d’abandon et/ou d’incompréhension de leur compagne.

article complet ici : http://www.cairn.info/revue-l-information-psychiatrique-2012-9-page-721.htm


L’AMP du côté des hommes

Par : Anne-Laure Guiot

http://www.planet.vertbaudet.com/l-amp-du-cote-des-hommes.htm

L’homme est souvent confronté à la difficulté de dire sa souffrance. Malgré tout, il va tenter de trouver sa place dans cette épreuve au côté de sa compagne.

Il y a quelques années, l’infertilité était davantage attribuée aux femmes. De leur côté, les hommes infertiles avaient plus de difficultés à parler de leur stérilité et du don de sperme, en particulier à leur père. « Cela impliquait une rupture de la filiation inavouable. Aujourd’hui, le développement des techniques de procréation médicalement assistée a changé la donne : le terme de fécondation in vitro avec don de gamètes est bien accepté au sein de l’entourage, et plus largement, dans la société, car il est présenté comme une avancée scientifique », souligne Eva Weil.

 Chez l’homme, l’impossibilité à devenir père revêt de nombreuses significations. « Elle peut réveiller l’angoisse de castration présente pendant l’enfance et caractérisée par les désirs incestueux du petit garçon pour sa mère, et révéler alors une blessure narcissique. L’homme se sent coupable face à la situation, se pose des questions par rapport à sa virilité, ne parle pas de son infertilité à son entourage. Il souffre de ne pas pouvoir donner un petit enfant à ses parents et de ne pouvoir régler sa dette de vie envers son père », explique la spécialiste. Tout cela s’accompagne souvent d’un sentiment de honte et de faute envers sa famille.

 Quand les hommes reçoivent un rapport du laboratoire révélant leur problème d’infertilité (azoospermie ou absence de spermatozoïdes, tératospermie ou anomalies du sperme…), c’est toujours un choc. « Les hommes se sentent souvent atteints dans leur virilité à cause des termes de vocabulaire employés dans les analyses de laboratoire : on parle de « bon » ou de « mauvais » sperme », par exemple, constate Anne Mortureux. « En entretien, on observe une confusion entre l’infertilité masculine et l’impuissance sexuelle », complète Valérie Antoine. Un soutien psychologique peut s’avérer utile pendant cette  période. « Comme la femme, l’homme va décortiquer le mot « stérile » et analyser ce qu’il fait résonner en lui lors de l’entretien avec le psychologue », précise Laure Gomel.

 L’homme peut aussi avoir l’impression d’être seul ou à l’écart dans le parcours d’AMP, sa femme étant au cœur des techniques médicales. Soit il se considère comme un « simple » pourvoyeur de spermatozoïdes. « Soit, il se sent coupable de faire subir des traitements à sa femme quand c’est lui qui est responsable de l’infertilité du couple, rappelle Anne Mortureux. Trouver sa place au sein d’un service de gynécologie n’est pas simple pour un homme. Certains, par exemple, vont protéger leur femme, y compris par rapport au corps médical, ou encore avec des attentions (appels téléphoniques, fleurs…) au moment des traitements. Cette recherche peut s’élaborer au cours de nos entretiens, pour que chacun trouve la place qui lui corresponde, et que dans le couple, la parole soit facilitée si besoin, lors de la prise en charge en AMP. »


Et pour finir voici un témoignage très touchant sur le site de BAMP d’un homme stérile pour ceux qui ne l’auraient pas lu :

Je suis un homme………….stérile – témoignage

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