« L’impossible enfant… » Témoignage de Géraldine Jumel-Lhomme

Livre de référence qui est sur ma table de nuit mais que je n’ose ouvrir que par volets car il me replonge dans le parcours et les larmes me montent…  Trop peur aussi de cette issue sans enfants qui nous tend les bras car même si les chances sont quasi faibles, on a toujours au fond de nous un espoir infime « et si… »

Voici un extrait du livre :
« Nullipare est, dans le domaine médical, le qualificatif attribué à une femme qui n’a pas eu d’enfant. Mot détestable, auquel je ne parviens pas à m’identifier, même si les médecins l’emploient régulièrement pour me qualifier dans leurs comptes rendus d’examens. Dans le dictionnaire de la langue française, il voisine avec nul(le), nullard(e), nullement et nullité. Ces termes fort peu élogieux plantent le décor de ce que la société renvoie aux femmes qui n’enfantent pas. Elles ne vont nulle part et le mystère de la maternité, comme celui de son absence, me semblent à interroger.

Même si les femmes sont programmées pour donner la vie, même si l’instinct les pousse à choisir leurs partenaires en fonction de critères inconscients pour se reproduire, certaines d’entre elles, une minorité, heureusement pour que l’humanité perdure, conduisent leur vie en évitant soigneusement la question de l’enfant, à l’âge où biologiquement elles devraient le faire. J’appartiens à ce groupe.
Plus récemment, j’ai cherché à me «normaliser» et à rejoindre le comportement majoritaire, mais ayant alors dépassé l’âge de la fertilité naturelle, j’ai été rattrapée par la pression de l’horloge biologique, si bien que je me suis trouvée, à la croisée des chemins, dans l’ignorance absolue de l’issue de cette aventure, qui ferait finalement de moi une mère, à mon tour, ou qui me laisserait en fille de ma mère. C’est cette période de doute, de combat et cette immersion dans le monde de l’assistance médicale à la procréation (AMP) et de la fécondation in vitro (m) avec don d’ovocytes à l’étranger, que je tiens à vous faire partager.

Le parcours que nous avons accompli mon conjoint et moi pour devenir parents a confisqué presque six années de notre vie. La violence de ce que nous y avons vécu m’a amenée à écrire. Les mots ont jailli, me protégeant de la folie, de la maladie aussi probablement. Ils m’ont permis d’apprivoiser la douleur brute, écrasante. Les périodes d’écriture ont été brèves, mais intenses, alternant avec de longues périodes de pause et de décantation. Elles ont assurément permis une catharsis.
Ce récit de notre histoire devait également constituer la «préhistoire» de notre enfant. Je me devais de lui relater un jour notre cheminement, nos tourments, nos espoirs lors de sa conception. J’ai imaginé que ce texte pourrait l’aider à se construire, à répondre à certaines questions, à devenir plus fort, à ne pas douter qu’il était le fruit du désir et de l’amour de ses parents.

Je pense enfin que notre témoignage pourrait éclairer un nombre croissant de personnes confrontées à l’infertilité, de même que leur entourage, souvent ignorant, démuni et maladroit. L’idée que ce récit puisse aider d’autres personnes est réconfortante. Que ce texte puisse informer ceux qui se questionnent autour de l’enfant, leur permette de gagner du temps, est également satisfaisant et apaisant. Parce que les couples qui traversent ces moments souffrent d’isolement, traversent des questionnements multiples, abyssaux et déstabilisants, parce qu’on entend davantage la voix de ceux qui sont devenus parents, il m’est apparu indispensable d’apporter le témoignage plus rare, plus triste aussi de la minorité silencieuse, solitaire, meurtrie, honteuse, coupable sans doute aussi, de ceux qui, comme nous, sortent de ces tentatives sans être parvenus à devenir parents. Apporter une attention bienveillante, une meilleure compréhension d’un sujet aussi complexe et lourd de conséquences permet assurément de restaurer la dignité des personnes concernées, de réparer leurs plaies, de leur permettre de dépasser l’épreuve, d’apporter un éclairage singulier sur les nouvelles formes de parentalité et de non-parentalité. »

 
L’impossible enfant : Don d’ovocytes, l’envers du décor de Geraldine JUMEL-LHOMME

 

Voici son témoignage :

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