J’ai « oublié » d’avoir des enfants. Arrêtez de me juger, merci !

Voici encore un article du Huffingtonpost prônant le respect pour les personnes qui n’ont pas d’enfant et à qui on pose la question si on veut des enfants quand on en n’a pas !

Cela me rappelle ma propre mésaventure où je me suis retrouvée en BlaBlaCar avec des femmes racontant leur accouchement et se demandant comment ça se faisait que je n’avais pas d’enfant et si c’était un choix.


J’ai « oublié » d’avoir des enfants. Arrêtez de me juger, merci !

Est-ce que ça fait de moi une égoïste ? Je ne crois pas.

Katy Moor, Rédactrice freelance
09/05/2017 07:00

Getty Images/iStockphoto

Mon point de vue sur la question ? De vraies montagnes russes.

Il se trouve que j’ai oublié d’avoir des enfants. Je dis « oublié » mais, pour être honnête, ma vie s’est un peu déroulée ainsi:

À 10 ans: J’aurai jamais d’enfant. C’est trop DÉGUEU.

À 15 ans: J’aurai jamais d’enfant, ça rend grosse.

À 19 ans: Si j’accouche d’un petit merdeux aussi ingrat et barré que moi, mieux vaut ne jamais avoir d’enfant.

À 21 ans: Et puis quand même, ça fait grossir.

À l’approche de la trentaine: Toutes mes potes accouchent. Peut-être que je devrais suivre le mouvement?

Un peu après 30 ans: On verra plus tard, il faut que je m’occupe de ma carrière. C’est pas le moment de penser à l’épisiotomie.

Vers 35 ans: Ça va être drôlement plus dur de retrouver mon corps d’avant une fois que j’aurai eu un bébé. Je suis pas mannequin chez Victoria’s Secret! Et puis, si je pouvais éviter de me faire caca dessus en accouchant, ça m’arrangerait. Je verrai plus tard.

Devinez quoi? Plus tard, c’est maintenant, ce maintenant qui toque incessamment sur mes ovaires comme un morveux qui n’est pas satisfait de ce qu’on lui donne à Halloween. Je n’avais jamais imaginé que je manquerais de temps pour décider mais je suis aujourd’hui confrontée à l’éventualité de ne jamais avoir d’enfant.

J’ai passé trop de temps à procrastiner et pas assez à essayer de me reproduire. Je me suis dit que je saurais si et quand le temps serait venu, mais il n’y a jamais eu d’éclair foudroyant illuminant le ciel d’un grand OUI, c’est le MOMENT!

Je suis en désaccord avec moi-même sur la plupart des sujets qui ponctuent ma vie mais l’idée d’enfanter est un facteur de stress constant depuis que je suis petite. Je disais haut et fort à ma mère qu’il était hors de question que j’aie des enfants quand je serais grande. Et peut-être est-ce là le problème; je ne suis toujours pas « grande ». Je trouve encore que les légumes du supermarché ont des formes phalliques et je ne possède pas de service en argent du XIXe siècle.

Avoir des enfants ou non n’est pas un sujet de conversation nouveau mais il semble pourtant qu’il n’y ait que trois options ouvertes à la discussion: la femme qui a préféré des enfants à une carrière, celle qui a préféré une carrière à des enfants, et celle qui a les deux. Vous savez quoi? Il y a un autre groupe de femmes de mon âge qui a besoin de se faire entendre. Des femmes comme moi qui sont incomprises, que l’on juge, et qui se sentent contraintes de prendre une décision dans un temps donné. Les femmes qui adoptent un état d’esprit du type « On verra bien » sont confrontées à la possibilité de passer complètement à côté de la maternité.

Vous pourriez nous taxer de minorité égoïste. Après tout, le désir d’enfant est censé être inscrit dans nos gènes, notre sang, dans chaque fibre de notre corps, alors pourquoi est-ce que je ne ressens rien? Pourquoi n’avons-nous pas une envie irrésistible de ranger les différentes familles d’aliments dans des paniers déjeuner pour enfant et de fréquenter les gradins d’un terrain de foot pour encourager notre progéniture?

Ce n’est pas simplement une question d’égoïsme: il y a beaucoup de raisons pour lesquelles nous repoussons ce moment.

L’une de mes amies, par exemple, avait envie d’avoir un enfant mais n’a jamais trouvé l’homme, le bon, pour le faire. Une autre travaille dur et fait beaucoup la fête; les enfants ne font pas partie de ses préoccupations. Elle en veut sûrement, mais plus tard.

Et puis il y a cette amie très proche. Nous nous entendons sur tout, nous avons affronté des épreuves similaires ET elle voit aussi des pénis quand elle regarde les panais au supermarché. Alors, bien sûr, nous avons retourné dans tous les sens la question d’avoir un enfant. Ça, c’était avant qu’elle n’apprenne, à 34 ans, qu’elle souffrait d’une insuffisance ovarienne précoce. Elle n’a plus le choix. Peut-être que moi non plus. Un gentil médecin m’a dit que je pouvais être considérée infertile étant donné que je n’avais pas utilisé de moyen de contraception depuis un an et demi et que je n’étais pas tombée enceinte. Merci pour ces mots délicats.

On pourrait penser que cette information m’aurait éclairée sur ce que je voulais, mais non. Un jour, ça me rend triste et je me demande qui va profiter de mes chaussettes au crochet super chaudes si je n’ai pas de petits-enfants, et puis, le lendemain, je m’imagine dans une piscine à débordement au beau milieu de la jungle balinaise, toute seule.

Mon point de vue sur la question? De vraies montagnes russes. Est-ce que ça fait de moi une égoïste? Je ne crois pas. Je m’inquiète de ce que je peux offrir à un enfant, je me demande si ma dépression lui sera transmise et si je mérite d’être mère. Si j’ai envie d’un enfant parce que cela m’est dicté par la société, ou parce que mes amis en ont. Si avoir un enfant est plus égoïste que de ne pas en avoir.

Il y a quelques années, j’ai cru être enceinte puis j’ai eu un saignement anormal. Terrifiée, j’ai consulté un médecin qui m’a apporté autant de soutien qu’une ceinture lombaire défaillante. Il m’a dit que j’étais probablement en train de perdre le bébé ou de faire une grossesse extra-utérine. L’échographiste qu’il m’a envoyée voir n’était guère plus attentionnée. « Non, rien là-dedans, vous êtes peut-être en train de le perdre mais vous n’avez probablement jamais été enceinte. » Je crois qu’elle m’a même baillé au visage. Merci.

Alors que je prenais mes jambes à mon cou suite à ce manque flagrant de soutien médical, elle m’a demandé si je voulais tomber enceinte. Je me suis retrouvée à dire oui. Car à ce moment-là, j’en avais envie. Elle m’a alors conseillé de me « dépêcher » car « l’horloge tourne ».

J’ignorais que, de nos jours, les membres du corps médical disent encore ce genre de choses. Sincèrement, est-ce que les gens pensent vraiment que nous ne connaissons pas notre âge? Qu’à chaque fois que nous soufflons les bougies, nous ne faisons pas le compte de chaque anniversaire qui s’est écoulé jusqu’ici et des millions d’ovules qui se sont évaporés avec?

Il y a plusieurs raisons qui expliquent pourquoi les femmes de mon âge ne se baladent pas avec des enfants qui tirent sur leur top en coton bio, mais les gens ne prennent pas le temps de réfléchir. Il est bien plus facile de juger. Dans les cafés, on remarque les mères contentes d’elles-mêmes qui nous inspectent, on sent les questions qui brûlent les lèvres lors des goûters d’anniversaire des enfants de nos amis. On constate l’isolement dans lequel notre situation nous a mise.

Le truc, c’est que certaines personnes ne savent tout simplement pas si elles veulent des enfants. D’autres ont peur d’avoir un bébé dans un monde nucléaire. Certaines personnes veulent juste adopter. D’autres, comme ma chère amie, ne peuvent tout simplement pas en avoir.

Alors, s’il vous plaît, arrêtez de nous demander si nous avons des enfants. Vous voyez bien que ce n’est pas le cas, alors cessez de penser que l’on a envie de vous raconter l’histoire passionnante de nos organes reproducteurs défaillants. Lorsque nous répondons non, nous n’avons pas envie de sentir que nous devons nous expliquer, quelle que soit la raison de notre choix. Par pitié, cessez de nous demander si nous voulons en avoir. Vous vous rendez compte de la douleur qu’une telle question implique quand c’est impossible? Si nous vous répondons non, vous nous répondrez quoi? Malaise…

Je ne sais pas si je veux des enfants. Ça dépend des jours, de mon humeur et de ma foi quant à ma capacité à m’occuper d’un nain, en me souvenant de l’endroit où je l’ai laissé.

J’en ai assez de devoir répondre à des questions sur les enfants, simplement parce que j’ai l’âge que j’ai. Croyez-moi, je suis bien équipée pour me juger sur plein de choses. Personne n’a besoin de le faire pour moi.

Ce blog, publié à l’origine sur le HuffPost australien, a été traduit par Laura Pertuy pourFast for Word.


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8 Comments

  • à la fois très drôle et triste dans tous ce qui fait écho en moi : la justification constante , parfois de parfaits inconnus, sur le fait de n’avoir pas d’enfants.
    J’aime beaucoup aussi « le moment où on saurait si on veut avoir un enfant » , sur cette vision manichéenne vouloir ou pas des enfants : c’ets vrai que c’est pas aussi tranchée, cela suscite tellement d’interrogations, de doutes parfois, d’émotions contradictoires….encore un bel article, Merci Artémise pour ce partage et ce lieu de parole!

  • Je rêve d’un monde où on demanderait à tous ceux qui ont des enfants, hommes comme femmes, pourquoi diable ils en ont fait. Juste pour savourer le florilège de raisons avancées. De bonnes marrades en perspective, non? !)

    • Même si une grande majorité ne se pose pas la question car la plupart invoque « c’est naturel d’avoir un enfant » d’autres personnes s’interrogent vraiment entre la pression sociale, la peur de vieillir. L’amour parfois est presqu’oublié dans tout ça, ce qui était pour ma part la raison première de notre désir d’enfant ;-).

  • Merci pour cette chouette trouvaille encore une fois !
    Bisous !

  • Merci pour ce texte qui, moi aussi, me touche beaucoup, ayant fait partie pendant longtemps des « femmes qui ne savent pas si elles veulent des enfants ». Je me retrouve tellement dans tous ces questionnements ! Et finalement, ils sont rarement exprimés…

  • Merci pour cet article, je l’ai lu en me reconnaissant (comme vous toutes bien sûr) et j’en ai lu quelques passages à mon homme, qui a bien apprécié aussi.
    « L’histoire passionnante de nos organes reproducteurs défaillants », c’est tellement ça… Des bisous

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