Oct 1, 2014 - deuil périnatal    21 Comments

coup de massue + retour sur le deuil en marche…

Il y a des jours où tout se passe à peu près sans trop de douleurs où j’ai l’impression que la peine s’éloigne petit à petit et que l’avenir m’ouvre les bras. Puis il y a des jours où à l’inverse la peine revient plus forte et me surprend encore. Je pensais que ce sentiment de vouloir être mère s’atténuerait mais parfois il revient sans prévenir. Il m’a saisi juste là au coin de la rue en surprenant ma douce voisine et son regard attendri vers son couffin. L’émotion m’a surpris et d’un seul coup un sentiment que j’avais presque occulté est revenu à la surface m’asphyxier. De voir leur bonheur bien réel et palpable m’a saisi. La tristesse m’a envahi et de grands sanglots ne pouvant s’arrêter.  Je me suis fais surprendre car ce sentiment enfouie au fond de moi de vouloir être mère est tenace et bien que je pensais être déjà tourné vers autre chose, il y a des deuils qu’on ne peut faire. On avance parfois de deux pas pour reculer de quatre certains soirs de grande tristesse. Le bonheur est de l’autre côté.

« Je n’ai pas envie d’entendre vos voix parce que j’entendrais votre joie. Vos cordes vocales sont pleines et rondes quand vous êtes heureuses et votre bonheur de mère câline et capucine me casse le corps. »    
« Dans la maison, une image traîne, elle me suit de pièce en pièce, celle d’un foetus cassé, avorté, tombé par terre. Je suis dans la nuit. Rien n’est plus comme avant. Par la fenêtre de notre chambre, tous les jours, j’entends les chants et les rires des enfants des autres, je vois les loups qui ne les mangent pas, les soleils qu’ils se lancent avec leurs mains droites et je ferme les rideaux parce que je ne te vois pas. Tu n’existes pas encore, tu n’existeras peut-être jamais {…} Peut-être es-tu bien là où tu es… Peut-être veux-tu simplement ne jamais apparaitre. »    

« Clinique » de Martine BATANIAN


Petit retour sur ma journée d’hier aux événement déclencheurs (que j’avais presque essayé d’occulter), je rencontre dans l’après-midi une ancienne collègue de longue date qui me demande si « c’est bien 1 ou 2 enfants » que j’ai ? Petite gêne au début et grand silence et puis après je me dis « bon allez je crève l’abcès… »

« Aucun » je lui réponds et là elle me regarde interloquée « mais tu étais enceinte ?  » Personne n’était censée être au courant mais ayant été absente aux réunions de fin d’année et de pré-rentrée il y a du avoir des fuites… Puisque j’ai eu droit à quelques remarques dont celle d’un petit élève qui m’a demandé à mon retour « où était mon bébé ? »

C’est en écrivant que je réalise qu’il y a des passages tellement douloureux que je les ai enfouis. J’explique à ma collègue que la grossesse s’est arrêtée et là elle me dit de ne pas m’inquiéter car il y a des solutions : sa nièce est passée par le don d’ovocytes et a des jumelles et ça marche le don !

Que répondre à ça ? « Oui ça marche le don mais pas pour tout le monde.  » Je suis surprise et je m’observe lui répondre sans larmes, et avec la conviction que tout cela est derrière moi et que maintenant je suis passée à autre chose…

A force de vouloir être forte et de vouloir m’en sortir, je m’en convaincs et cela m’aide à avancer chaque jour mais le regard complice que j’ai entraperçu de ma voisine vers son enfant me rappelle les doux rêves où je tenais, percevais mon bébé sur ma peau. Cette émotion infime « presque viscérale » et incontrôlable qui vous prend à la gorge avec « le pouvoir des rêves ». J’ai une douce pensée pour Larmes amères qui doit bien comprendre ce que je veux dire par là.

Le deuil est en marche et prend du temps, il a des phases et parfois bien que j’avance dans les étapes il y a des retours possibles en arrière…

Cependant je constate que je ne ressens moins de jalousie envers les ventres ronds car comme le disait Jody Day : « I think perhaps that in the case of being ‘still hopeful’ of having a baby, jealousy plays the main role. Once your childlessness is final, envy is the term to use. « 

Je ne peux que recommander d’ailleurs le dernier billet de Jody day qui parle du travail du deuil : Hello grief, my dear old friend: why making friends with grief and doing your ‘grief work’ is a good idea

Et voici également pour ceux que ça intéresse en français les différentes étapes du deuil :

Etapes du deuil 

  1. le Choc / déni : cette courte phase du deuil survient lorsqu’on apprend la perte. La personne refuse d’y croire. C’est une période plus ou moins intense où les émotions semblent pratiquement absentes. C’est en quittant ce court stade du deuil que la réalité de la perte s’installe.
  2. la Colère : phase caractérisée par un sentiment de colère face à la perte. La culpabilité peut s’installer dans certains cas. Période de questionnements.
  3. le Marchandage : phase faite de négociations, chantages…
  4. la Dépression : phase plus ou moins longue du processus de deuil qui est caractérisée par une grande tristesse, des remises en question, de la détresse. Les endeuillés dans cette phase ont parfois l’impression qu’ils ne termineront jamais leur deuil car ils ont vécu une grande gamme d’émotions et la tristesse est grande.
  5. l’Acceptation : Dernière étape du deuil où l’endeuillé reprend du mieux. La réalité de la perte est beaucoup plus comprise et acceptée. L’endeuillé peut encore ressentir de la tristesse, mais il a retrouvé son plein fonctionnement. Il a aussi réorganisé sa vie en fonction de la perte.

Les cinq phases ci-dessus peuvent être linéaires mais il arrive souvent qu’un endeuillé puisse faire des retours en arrière avant de recommencer à avancer. Une bonne façon de traverser un deuil est de comprendre ce que l’on vit et de partager ses sentiments et émotions avec des proches ou des gens qui vivent également un deuil. Ces étapes ne se succèdent pas forcément. Il ne s’agit pas d’un mécanisme inévitable. Certaines personnes peuvent quitter un deuil et passer à l’ultime étape de liberté d’action, sans que les sentiments qu’elles pouvaient porter puissent être considérés comme négligeables.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Deuil

21 Comments

  • Je t’embrasse, je pense souvent à toi. Cette douleur, je crois qu’elle ne part pas, il faut essayer de vivre avec. Prends soin de toi…

    •  » vivre sans » justement 😉

      • J’aurais dû dire « accepter » plutôt que « vivre avec ». C’est le bout du processus qui n’est pas linéaire, ni pendant la PMA ni après, visiblement. Plein de pensées pour toi.

      • Ne t’inquiète pas c’était clair, j’aime jouer sur les mots et c’était en référence à mon post « Vivre sans… » http://wp.me/p4rl8E-a1
        Merci de ton/votre soutien

  • Contrairement à ICSI Pari je veux (j’ai besoin) de croire qu’au moins la douleur s’apaise.
    Je ne prétends pas connaître la tienne, mais j’espère de tout mon coeur que petit à petit les « beaux jours » seront de plus en plus fréquents, que l’équilibre s’installera durablement.
    Tu sais, petite j’ai entendu quelque chose qui m’a marquée : les hommes sont plus créatifs car ils ne peuvent directement donner la vie comme les femmes. Ils laissent donc une trace de leur passage par le biais d’une oeuvre.
    Alors c’est sexiste et c’est naze, mais je crois que ça vaut peut-être le coup d’essayer…
    Je pense fort à toi…

    • Je pense pas que cela va forcément s’atténuer car il y a des sentiments viscéraux qu’on ne peut contrôler et le coeur a ses raisons….
      Mais comme tu le dis justement le dosage avec les beaux jours « à créer » va sûrement aider à équilibrer. bises

  • <3

  • Je t’envoie une cargaison de câlins. Demain est un autre jour et le soleil brillera à nouveau dans vos cœurs.
    Le deuil ne se fait pas en qqs jours, semaines, mois. C’est normal de craquer et tu as raison de lâcher les vannes.
    Courage et encore un peu de patience (tu en as pourtant déjà tellement !) ma douce Artemise.

  • Le deuil en effet est un sacré sentier escarpé… Que j’ai hâte d’être en haut pour souffler et contempler la vue…

  • Les larmes ont coulées en te lisant.
    Je te trouve infiniment courageuse et terriblement humble.
    On le sait toutes, que rien n’apaise ce besoin viscérale, ce mal presque herculéen de ne pas être maman.
    Rien ne peut nous enlever cette terrible douleur.
    Certes elle s’apaisera, mais elle reste en nous bien ancré et ressurgie comme ca sans prévenir : A la vue d’une poussette, d’une femme enceinte, ou simplement d’un enfant. Moi je ne regarde même plus dans les poussettes comme auparavant, je passe, je ne m’arrête plus. Je ne m’attendrie plus devant des bébés croisés dans la rue, je passe mon chemin.
    On sait que certain couple sortent de la PMA par la petite porte, les bras vide, le ventre vide et le cœur meurtrie. On est toutes terrifiées a l’idée de se diriger vers cette petite porte… car non ca n’arrive pas qu’aux autres…
    Que te dire, que te souhaiter… câlin Artemise

  • C’est terrible de n’avoir d’autres choix que de survivre à des deuils… C’est plusieurs deuils que tu mènent de front… Et cet échange avec cette collègue, que dire… Tendres câlins Artémise

  • ET oui Bounty tu as bien résumé la situation « plusieurs deuil à mener de front »… Prends bien soin de toi <3

  • <3

  • c’est tellement ça… il y a aussi une phase de déni dans les étapes de deuil, j’en avais parlé dans un article ancien (http://leberceauvide.wordpress.com/2013/04/01/deuil-et-transmission/).
    je t’embrasse bien fort

    • Tu as bien raison de préciser en fait le déni est assimilé au choc dans la phase 1. Merci pour le lien, prends bien soin de toi.

      • toi aussi prends soin de toi, le chemin est escarpé mais accompagné 😉

  • J’ai eu un gros pincement au cœur en lisant ce billet et les passages que tu cites ça m’a foutu le bide en vrac. D’ailleurs les larmes sont pas loin. Bref. Le chemin du deuil est long. On ne sait jamais combien de temps ça va prendre ni quel sentier emprunter. La seule chose que l’on sait c’est qu’un jour, ça sera plus facile. Biz

    • Désolé de te tirer les larmes…espérons en effet qu’un jour ce sera plus facile. J’espère des que j’aurais trouver le chemin vers la sortie pouvoir proposer un sentier balisé vers ces sentiers escarpés. Bises

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